SeniorPlanet - Le Blog Plan Emploi Seniors

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  • novembre 2006
  • octobre 2006

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  • Emploi Seniors

L'objectif du Blog Plan Emploi Seniors

SeniorPlanet, magazine en ligne des 45 ans et +, témoin et porte parole du problème de l’emploi et du "désemploi" des seniors ouvre une plateforme de réflexion autour du Plan emploi senior présenté par le gouvernement Villepin en juin 2006, le Blog Plan Emploi Seniors.

Ce blog a pour ambition de recenser les opinions et avis de personnalités et acteurs du monde de l’emploi, de l’entreprise, des médias, du monde politique et syndical et bien entendu, les vôtres, internaute de SeniorPlanet.

Son objectif est de permettre à chacun de réfléchir au problème, de s’imprégner de sa complexité et de participer ainsi de façon active à sa résolution.

Isabelle Fringuet-SeniorPlanet

Rédigé le 16/10/2006 à 14:46 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (10) | TrackBack (0)

Patrick Pedersen, Monster France

Directeur des opérations
www.monster.fr

Le Plan emploi seniors part de bonnes intentions. Cependant, je ne pense pas qu'il sera en mesure de pallier au problème de la perception que la société a des seniors...
Ainsi, il s'avère par exemple que l'Etat est l'employeur qui procède au plus grand nombre de départ anticipé à la retraite dans le service public, tout en tenant un discours totalement contraire sur la nécessité de réintégrer les seniors sur le marché du travail. C'est absurde !
Par ailleurs, la Loi Fillon prévoit de supprimer progressivement le dispositif Delalande, mais rien de plus.
Il faudrait plutôt envisager des exonérations de charges pour les entreprises qui embauchent des personnes âgées de plus de 55 ans. Là, les seniors "coûteraient moins cher" tout en  bénéficiant d'un salaire à la hauteur de leurs espérances.
Le Plan emploi seniors stigmatise donc les mauvaises pratiques, mais il ne met pas en valeur des mesures positives.

De la même façon, le CDD senior ne donne pas le bon exemple. Il ne valorise pas les acquis professionnels de l'employé. Il stigmatise plus encore le senior dans un statut précaire et n'est finalement que très peu intéressant pour les entreprises !
Le droit à la formation ne dispose pas des moyens financiers. Dommage, c'est un principe intéressant...
En fait, seul le concept du "cumul emploi retraite" présente un intérêt...

Il faut que les entreprises prennent conscience de l'abus qu'elles exercent en pratiquant une discrimination à l'embauche à l'égard des seniors. Pour cela, il n'y a que deux moyens : la contrainte ou l'incitation.
Le règlement du problème de l'emploi des seniors en France relève plus d'une question de changement d'état d'esprit que de mesures concrètes. Les entreprises ont besoin de compétences des seniors, croissance ou pas, CDD senior ou pas.
La France a énormément de retard dans le domaine de l'emploi des seniors. Elle intègre le plus mal les jeunes diplômés et discrimine le plus les seniors. Il faut absolument arrêter de croire que la valeur de l'emploi existe uniquement entre 25 et 45 ans !

Rédigé le 28/11/2006 à 12:13 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)

Olivier Fécherolle, Keljob

Directeur général du groupe
http://www.keljob.com/

L'emploi des seniors est un sujet délicat. En France, la culture du recrutement souffre d'une certaine forme de "clonisme" qui pousse les employeurs à chercher la bête rare, le jeune diplômé, qui a de l'expérience mais ne demande pas de rémunération très élevée. C'est dramatique.
Certes, le senior coûte plus cher et ceci est un frein à l'emploi des plus de quarante-cinq ans. Mais l'évolution du marché du travail donne à penser que les mentalités changent dans certains secteurs qui étaient autrefois en difficultés. Les critères de recrutement semblent ainsi s'assouplir. Les recruteurs se rendent compte que les jeunes diplômés sont de plus en plus difficiles à trouver, ce qui ouvre la porte aux seniors.
Par ailleurs, l'apparition de l'intérim de transition par mission pour les cadres est en plein développement. Dans ce genre d'emploi, le senior a fait ses preuves : il est moins carriériste, suffisamment expérimenté et tout à fait opérationnel.
Même sur des postes non cadres les mentalités évoluent. On remarque, par exemple, que dans les pays nordiques, un grand nombre de gardiens de musée sont des seniors.

Mon impression est que le marché de l'emploi va mieux, essentiellement à cause de la conjoncture. C'est un effet de cascade qui profite à tout le monde. Bien sûr, cette tendance est très légère pour l'instant, mais il se peut que cela devienne plus dynamique à l'avenir.

Quant au Plan emploi seniors en lui-même, je pense que l'ensemble des mesures va rester, pendant encore un temps, pratiquement inconnu des recruteurs. Le Plan n'aura donc que peu d'effets à court terme. Cependant, il contribue sensiblement à modifier les mentalités. À long terme, il aura probablement un effet, plus sur les mentalités que sur le marché du travail toutefois.
Il y a en effet un décalage quasi schizophrénique entre les comportements des entreprises et les messages envoyés par les médias concernant l'avenir du marché du travail et la nécessité de devoir travailler plus longtemps. Le Plan emploi seniors va peut-être ainsi permettre d'arrêter de faire partir les seniors trop tôt.

En somme, je ne suis pas contre ce Plan, mais j'estime qu'il est loin d'être suffisant. Heureusement que la conjoncture aide à un redressement de la situation. Mais on part de loin, le plus dur va être de faire changer les mentalités. Ce Plan, comme les mesures qu'il apporte, était nécessaire pour résoudre le problème du chômage. Mais ces mesures en elles-mêmes ne vont pas justifier la création de postes.
Il faut avant tout sortir de l'illusion du jeunisme et du mythe de la performance des jeunes diplômés.

Rédigé le 15/11/2006 à 11:29 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Jean-Louis Deroussen, CFTC

Conseil d'orientation des retraites
Secrétaire général adjoint de la CFTC

http://www.cftc.fr

Il n'y a pas de solution miracle. En ce qui concerne le Plan en lui-même, son contenu est une première étape mais il est incomplet. Il va falloir le faire évoluer en fonction du comportement des gens.

Il faut partir du principe que l'on ne pourra pas éternellement laisser les seniors en dehors de la vie active dès qu'ils commencent à avoir des cheveux gris.
D'autant qu'ils ont souvent assisté à des départs à la retraite de collègues ou d'amis et qu'ils sont à même de penser "Pourquoi pas pour moi ?". Il faut faire comprendre aux salariés d'aujourd'hui que cette période est révolue, mais pas les pénaliser pour autant. Cependant, ce qui était en vigueur n'est plus tolérable aujourd'hui…

Le Plan emploi seniors est la manifestation d'un objectif, d'un engagement envers la société qui doit comprendre que l'on doit travailler plus longtemps au XXIe siècle.

Le CCD senior peut être considéré sous un angle positif dès lors qu'il permet d'atteindre l'âge de la retraite avec un taux de cotisation plein. Mais j'estime que c'est surtout au niveau des mentalités qu'il va falloir œuvrer. En ce sens, la campagne de communication était indispensable. Tant pis si les changements dans les comportements vont être longs à apparaître, il est nécessaire de bousculer la situation concernant l'emploi des seniors.
L'autre défi est d'imposer de travailler plus longtemps que maintenant, à cause bien sûr de l'entrée plus tardive dans la vie active et bien entendu l'allongement de la durée de vie.

Autre point, et pas des moindres, l'entreprise et le senior. La séparation d'avec le senior devra se faire désormais progressivement après soixante ans. Le maintien en activité des seniors représente un apport considérable pour les jeunes scolarisés, en apprentissage ou en formation professionnel ! Certains seniors sont par ailleurs très déçus de voir tout leur savoir-faire disparaître de l'entreprise après leur mise à la retraite !
Je pense qu'il faut donc faire sentir aux seniors que leur devoir est maintenant de faire partager leur expérience.
Encore une fois, j'insiste sur le fait qu'il faille vraiment associer expérience et seniors. Orienter cette incidence vers le milieu associatif et les jeunes peut permettre d'aller vers une évolution bénéfique pour tous.
Or, ce point n'est que difficilement applicable à partir du texte du Plan.

Enfin, il faut harmoniser le principe des indemnités de départ, afin que celles-ci ne soient pas l'objet d'un troc fiscal en échange d'avantages sociaux entre l'employeur et le salarié. C'est le point sur lequel l'article 56 du Projet de loi sur le financement de la Sécurité sociale insiste, mais qui est mal évoqué dans le Plan emploi seniors.

Rédigé le 09/11/2006 à 15:06 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Gérard Larcher, Ministre délégué à l'emploi

Ministre délégué à l’Emploi, au Travail et à l’Insertion professionnelle des jeunes

www.emploidesseniors.gouv.fr

J’ai lancé au Conseil économique et social le 19 octobre 2006 la campagne Senior, première étape du plan d’action en faveur de l’emploi des plus de 55 ans. Elle a pour objectif de changer les mentalités et de rappeler que les seniors ont encore beaucoup à apporter à la vie économique et sociale.

Le Plan seniors est le fruit du dialogue social. Il a fait l’objet d’une concertation exemplaire avec les partenaires sociaux qui a aboutit à un accord ambitieux. L’Etat a ensuite pris le relais en prolongeant les initiatives lancées. Cette démarche remarquable démontre qu’en France l’Etat et les partenaires sociaux sont capables de se mettre autour de la table pour discuter, travailler et construire ensemble.

Les mesures contenues dans le plan ont pour objectif :
- de maintenir les seniors dans l’emploi en anticipant leur deuxième partie de carrière ;
- de les faire revenir dans l’emploi lorsqu’ils sont au chômage ;
- d’aménager leurs fins de carrière.

Nous avons d’ores et déjà pris des mesures importantes et d’autres seront adoptées avant la fin de l’année :
- le CDD seniors est opérationnel depuis août dernier,
- la contribution Delalande et la mise la retraite d’office seront progressivement supprimées,
- le tutorat va être encouragé,
- la surcote va être rendue plus incitative,
- les règles de cumul emploi-retraite deviendront plus attractives…

Bref en un mot, la machine est lancée pour inverser la tendance actuelle avec une obsession : augmenter le taux d’activité des plus de 55 ans qui en France est un des plus faibles d’Europe et changer notre regard sur les salariés de 50 ans et plus.

La campagne Senior vise donc à sensibiliser de manière déterminée l’opinion publique en jouant sur une large gamme d’outils de communication. Elle est un élément-clef de la réussite de l’ensemble du plan national d’action concerté pour l’emploi des seniors. La mobilisation des acteurs et la réalisation de l’ensemble des actions contenues dans le plan dépendent en partie de son succès.

Rédigé le 06/11/2006 à 11:36 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)

Thomas Troadec, Sociologue

Auteur de "Violence et modes de régulation dans les entreprises, l'intervention concrète du sociologue", in Revue Française de Service Social, « Violence du travail », mars 2002.

Ce que je trouve intéressant, et plus particulièrement en ce qui concerne la loi Fillon qui se situe en amont du Plan emploi des seniors, c'est qu'il s'agit de la première fois que l'on dit sans le dire que la situation n'est plus transitoire et que le passage de l'emploi à la retraite repose sur de nouvelles configurations. Cette loi pose sans le dire le principe d'une retraite à la carte.

Le législateur tente d'apporter un cadre législatif à ce qui se passe en réalité depuis trente ans sur les conditions de la transition du travail à la retraite. Sur la fait qu'il existe en fait une non homogénéité entre le temps du travail et le temps de la retraite. Un salarié sur deux passe aujourd'hui directement du travail à la retraite, alors que c'était systématique auparavant.
Des sas de transitions se sont donc multipliés : la préretraite, le chômage, l'invalidité et puis tout ce que l'on ignore, notamment les préretraite maison qui échappent à toute statistiques puisque les salariés restent salariés de la société...

Cela nous a conduit à une nouvelle temporalité sociale. Elle était autrefois structurée autour de trois temps majeurs : l'enfance, l'âge adulte, la vieillesse assortis de différents rôles : l'apprentissage, le travail, la retraite, tous reliés par des passages ritualisés : "je quitte la famille",  "je quitte mon travail".
Aujourd'hui, on constate de nouveaux temps qui sont à la fois plus poreux et plus diffus, Olivier Galand a défini la subadolescence, Xavier Golier et Anne-Marie Guimard ont décrit "la décennie de la fin de carrière".
Concrètement, entre 50 et 60 ans, on ne sais pas dans quel sas de transition on va se retrouver !

La question que l'on est en mesure de poser concernant la pertinence de la loi Fillon et du Plan emploi des seniors est de savoir si le politique est aujourd'hui en mesure de contraindre les pratiques entrepreneuriales ou si il s'agit là d'un vœu pieux ?
En effet, on constate chaque jour que les entreprises ont la possibilité de se soustraire à toutes les contraintes (loi sur le handicap, loi Delalande), qu'elles imposent leurs évolutions au politique et que l'Etat ne parvient pas à les contraindre à de nouvelles pratiques de gestion des fins carrières...
Je suis donc dubitatif sur l'efficacité de ce plan.

Aujourd'hui, l'âge n'est plus une variable pertinente par rapport au mode d'organisation ou de gestion. Avant c'était le cas. L'avancée en âge permettait de gagner en perspectives et en compétences. C'était positif, d'ailleurs, on ne parlait pas alors de salariés âgés ou vieillissants. Puis, petit à petit, l'âge est devenue une variable cachée.
Le rythme des évolutions, les mutations constantes, les perpétuelles remises en cause ont continué de déstabiliser les schémas et aujourd'hui, l'avancée en âge pose un problème par rapport à l'efficacité d'une organisation et le compromis Fordien entre partenaires sociaux est susceptible d'éclater.
En France, cette mutation a bel et bien eu lieu, et la question est de savoir comment le politique et l'entreprise le gèrent.
Côté politique, la tendance a été de s'y attaquer par des petits bouts plutôt que par le cœur. Résultats, des mesures pour les jeunes (la flexibilité, cf le CPE) et les seniors (l'externalisation, cf le CDD seniors).

Mais la logique est perverse, car il est bien difficile de savoir si les seniors sont ou deviennent incompétents, improductifs parce qu'ils le sont effectivement ou plutôt parce qu'il se sentent, à juste titre, exclus.
Or en fait, c'est l'effet de période et non l'effet d'âge qui est fondamental.
Voilà pourquoi les pays nordiques ont imaginé la fameuse notion de "flexicurité" : les entreprises ont besoin de flexibilité et ne peuvent plus garantir à vie ni être responsables de ses avatars. Et c'est l'Etat qui se substitue pour assumer la sécurité de ces citoyens quels que soient les âges.
Nous, nous dédions la flexibilité aux seuls jeunes... Et nous "externalisons" les plus âgés.

Quel est en réalité le rôle du politique ? Celui de réfléchir de façon plus globale aux réponses de l'état à une société de plus en plus flexible quelque soit les âges ? Le plan Borloo a-t-il un coup d'avance... Je n'en sais rien. J'ai le sentiment que l'on ne fait que gérer la situation par l'urgence et surtout qu'elle finira par exploser... Louis Chauvel affirme que l'inégalité de traitements entre jeunes et aînés est une bombe sociale et que seule la redistribution de la richesse assurée par les familles maintient l'équilibre.
La révolution arrivera peut-être avec la guerre des générations générée par cette gestion différente et inégalitaire d'un point de vue politique qui attise potentiellement le conflit générationnel. En participant aux stéréotypes, comme avec les emplois vieux et les emplois jeunes, le politique ne fait qu'amplifier les risques.

La réponse doit prendre en compte la façon dont les âges et les générations sont construites dans leur rapport à l'âge. On ne peut plus dire aujourd'hui qu'il y a un comportement donné à un âge donné : le contour des âges est très poreux. On sait que cette diversité n'est perçue ni par l'entreprise ni par le politique et que c'est cela qui produit de la démotivation...
Car à force d'être stigmatisée, on retourne le stigmate et il se retourne contre l'entrerpise et la société. La démotivation apparaît parce qu'elle est liée à un ras le bol, à une non reconnaissance.

Le savoir s'acquière de manière expérientielle et au travers de la trajectoire donc du temps, et bien plus difficilement au travers de compagnonnage ou de "knowlege management". Il s'agit d'une différence d'ordre culturelle. Il est dès lors inutile de culpabiliser les générations... De la même façon, il a été dûment démontré que l'effet noria (plus on est vieux, plus on coûte cher à l'entreprise) est sans fondements...

Propos recueillis par Isabelle Fringuet

Rédigé le 02/11/2006 à 16:06 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Serge Guérin, Ecole supérieure de gestion

Professeur, Auteur du "Grand retour des seniors", Eyrolles, et de "Manager les quinquas" (avec G Fournier), Editions d’organisation. Prix du Livre RH 2006, Syntec-Sc Po.

Rajeunir notre regard
Alors que le Gouvernement vient de lancer une campagne de communication en faveur des seniors au travail, il faut bien se demander si la question de l’emploi des seniors n’est pas d’abord un révélateur de la culture sociale française ?
D’une certaine façon, le modèle social à la Française donne la priorité à l’assurance d’une compensation économique du non travail plutôt qu’à la mise en œuvre de moyens assurant le droit à un travail pour tous et durant toute sa vie.
Droit d’être indemnisé contre droit de travailler, en quelque sorte. Cette logique de la passivité ne s’oppose-t-elle pas à celle de l’autonomie ? L’enjeu n’est-il pas, à travers des actions volontaristes de soutien au retour à l’emploi de donner à chacun toutes les chances pour se prendre en charge ? Fondées sur un consensus fort, des politiques de ce type ont été largement soutenues ces dernières années de la Grande-Bretagne à la Scandinavie. Le XXIème siècle remet au goût du jour John Stuart Mill, pour qui chacun devait pouvoir prendre son risque à travers le développement de la formation pour tous.

Le compromis social boiteux à la Française a eu pour résultat contradictoire et paradoxal de réduire la durée moyenne d’activité alors que l’espérance de vie s’élevait en parallèle de trois mois par an. La politique malthusienne, mise en place depuis 30 ans, loin de tenir ses promesses, a accéléré la disparition d’emplois plutôt qu’ouvert les portes de l’entreprise aux plus jeunes. Ainsi, à la faiblesse du taux d’activité des plus de 50 ans, répond un taux record de chômage chez les moins de 25 ans.
L’éviction des plus jeunes et des plus âgés a contribué aussi au développement de représentations négatives de part et d’autres. Les premiers accusés d’être peu mobilisés par le monde du travail et les seconds d’être en incapacité de répondre aux besoins des entreprises… Les plus jeunes sont enfermés dans un statut de post adolescence et les plus âgés renvoyés déjà dans l’abîme du déclin.
Plutôt que de tenter de construire des solutions alternatives et innovantes, à travers le dialogue avec le plus grand nombre, le débat public et la responsabilisation, on a multiplié les stratégies de temporisation, de replâtrage et de défausse sur la collectivité et sur les générations futures. Même la Loi Fillon de 2003 n’apparaît pas suffisante pour répondre aux défis du financement des retraites.
Selon le Conseil d’Orientation des Retraites, une rallonge de 18 milliards d’euros serait nécessaire dès 2020 pour financer les retraites. Et encore cette projection se fondait à partir d’une prévision – optimiste- d’un taux de chômage de 4,5 %. En 2008, il faudra reprendre l’ouvrage et développer des solutions plus innovantes et fondées sur l’impératif de l’équité.

Les efforts ne peuvent être demandés que si chacun a l’impression que la communauté dans son ensemble est engagée. Il me semble nécessaire de réfléchir à instaurer  le libre choix de l’âge du départ à la retraite à partir de 60 ans, le droit à la formation et au travail à tout âge, la création d’une cotisation supplémentaire supportée par les 45-75 ans pour financer les dépenses de santé, l’harmonisation des régimes de retraite (et donc la disparition des régimes dérogatoires), la prise en compte des différences de pénibilité et d’espérance de vie …

Sortons des chemins balisés, avant qu’il ne soit trop tard !

Rédigé le 30/10/2006 à 14:59 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)

Jean-Claude Carles, Fairlead Management

Président du groupe
http://www.fairleadmanagement.com/

Je ne suis pas certain que le Plan emploi seniors soit efficace. Ce n'est pas en mettant des contraintes aux entreprises que l'on va réussir à résoudre le problème de l'emploi des seniors en France. On impose des réglementations aux besoins économiques. C'est prendre le problème par le mauvais côté ! Il faut faire le contraire, donner de la souplesse à l'économie.
De même pour le droit à la formation. Il représente certes une avancée, mais il est illusoire de croire que ce droit va changer quelque chose pour des personnes qui ont déjà plus de vingt ans d'expérience professionnelle.
Par contre, il est important de pointer qu'il y ait 15 000 dirigeants d'entreprises en France et que 120 000 sociétés vont changer de main dans les dix années à venir. Facilitons donc l'accès aux postes de direction aux seniors qui en ont les moyens ! La mise en avant d'un droit à la formation est une bonne chose, mais ce n'est pas suffisant.

De la même manière, le CDD senior est une fausse réponse. Il faut partir du principe que les seniors vont éprouver des difficultés pour trouver un emploi à leur âge. Avec ce CDD, on risque de pérenniser la précarité, voire de l'institutionnaliser !
Et que va-t-il se passer pour un senior de moins de 57 ans ? En plus, les CDD ont pour essence d'être limités dans le temps. Les seniors vont donc devoir les multiplier sans avoir la garantie de pouvoir atteindre l'âge de la retraite puisque celle-ci est maintenant à 65 ans. C'est une mesure inutile.

Il serait plus efficace de faciliter les initiatives ou de baisser les charges des entreprises.
Pareillement, en ce qui concerne l'assouplissement ou la suppression progressive du dispositif Delalande, ce n'est pas suffisant. C'est une loi perverse trop contraignante. C'est l'exemple type de l'exercice de la politique en France. Il faut plutôt aider au développement. Lorsque la croissance reprendra, on aura besoin des seniors car ils sont la mémoire de l'entreprise.

Ceci étant posé, le problème est majeur, et l'on n'a pas idée de la détresse humaine des seniors, certains d'entre eux ont encore des enfants à charge !

L'emploi des seniors est un bon indicateur de la situation générale de l'emploi en France. Aujourd'hui, on est dans la flexibilité. Et de ce point de vue, les seniors semblent intéressés par un nouveau métier en émergence, à savoir le management de transition. Il s'agit d'un emploi sous forme de missions données, plus qu'un emploi salarié.

Les seniors supportant moins la subordination, le CDI n'a plus de sens. Le CDD n'est pas en adéquation avec la loi car les entreprises ne les multiplient pas. Il faut donner plus de souplesse au marché de l'emploi. Le management de transition par la mission a le mérite de permettre cela.

Les seniors sont indépendants. Travailler dans le cadre de missions leur convient plus que dans s'investir dans le long terme en CDI.
Enfin, il faut aussi leur donner plus d'outils fiscaux et financiers pour qu'ils puissent créer des entreprises. Le dispositif de l'ACRE leur donne déjà la possibilité de baisser les charges des entreprises nouvellement créées, dont le chiffre d'affaire n'est pas encore positif. Il permet aussi de toucher le quart des indemnités de chômage pour créer sa propre entreprise et de bénéficier à nouveau de l'indemnité chômage, quelques années après. Voilà pour moi, des mesures intéressantes à prendre pour l'emploi des seniors...

Rédigé le 30/10/2006 à 14:53 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Eric Marshall, Objectif 50

Président d'Objectif 50
http://www.objectif50.net

J'ai assisté au lancement de la campagne de communication ce jeudi 19 octobre 2006 et je dois avouer que j'en suis très satisfait. En tant qu'association, nous sommes prêts à nous engager à y participer entièrement car notre but rejoint celui de cette campagne, à savoir aider les seniors qui le désirent à retrouver un emploi.
Il était temps qu'un tel Plan soit mis en place, notre taux d'emploi des seniors par rapport à la population active n'est que de 37%, c'est très grave. Je pense qu'à ce titre, la campagne de communication aura un effet culturel réel. Il faut vraiment que les mentalités commencent à changer, le système de la préretraite n'est plus possible. C'est là le sens de l'action d'Objectif 50.

Concrètement, je suis très favorable, à titre personnel, au principe du cumul emploi retraite. Maintenant, en ce qui concerne le CDD senior, nous sommes plus circonspects, à Objectif 50. Il semble n'être qu'une "mesurette" de plus. Il faudrait éventuellement commencer par appliquer les anciennes mesures qui tendent à empêcher le développement de la discrimination à l'âge dans la recherche d'emploi.

Enfin, en ce qui concerne la réorientation professionnelle, la formation doit donc être permanente, complémentaire et adaptée aux attentes et au parcours des salariés. C'est un apport très important pour l'entreprise que celle-ci a tendance à oublier. Dans les entreprises, on fait le constat d'une mise de côté de la formation, alors que le diplôme ne compte que pour les cinq premières années de la vie professionnelle. Le reste s'apprend par l'expérience. D'autre part, il faut arrêter de croire que les seniors sont inadaptés aux nouvelles technologies, par exemple. La moitié des mails envoyés sur le Net provient d'eux. Le droit à la formation doit cesser d'être compris comme quelque chose d'inutile.

Ceci dit, ce sont moins ces séries de mesures que cette campagne de communication qui vont permettre de changer l'état des choses. Dans la recherche d'emploi, on doit comprendre que l'employé offre un service à l'employeur et qu'il a une expérience à donner.

Rédigé le 20/10/2006 à 17:23 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Antoine d'Autume et Jean-Olivier Hairault, Conseil d'analyse économique

Auteurs du rapport du CAE, "Les seniors et l'emploi en France"
http://www.cae.gouv.fr/

Les nouveaux dispositifs institutionnels de gestion de l'emploi des seniors promettent d'être positifs dans l'ensemble, ne serait-ce que parce que tous les partenaires ont opéré une reconnaissance des problèmes de l'emploi des seniors ensemble.
Ces partenaires ont analysé pertinemment le caractère néfaste d'un ajustement par l'âge pour régler les déséquilibres. De même, les propositions que nous avons faites dans notre rapport au sein du Conseil d'Analyse Economique trouvent un certain écho dans le Plan, par exemple dans l’affirmation d’un lien fort entre le problème de l'emploi des seniors et l'âge de la retraite.

Maintenir un âge de la retraite très bas n'est sûrement pas une solution au problème d’emploi et ne fait que l’aggraver. C'est pourquoi les mesures de surcote et de cumul emploi retraite sont intéressantes car elles permettent d'allonger sensiblement la durée de travail. De nombreuses mesures du Plan s’attachent à changer les mentalités. Cependant, au-delà de l'aspect culturel, on n'a pas osé aller assez loin. On n'a pas osé supprimer totalement la Dispense de Recherche d'Emploi (DRE).
En Finlande, par exemple, le gouvernement n'a pas hésité à fermer les mesures de préretraites.

A notre avis, il faudrait rendre les indemnisations de chômage moins longues et plus conditionnelles en fonction de l'offre et du métier. Il s'agit de pousser à être plus large dans la recherche de l'emploi.
Un autre point, sur lequel nous nous permettrons d'exprimer des regrets est la mesure sur le CDD senior. Il est malheureusement très symbolique qu’elle prenne soixante ans comme âge terminal, alors qu’il faudrait arrêter de faire de cet âge la référence ultime. Sur d’autres plans, bien sûr, il est bon de mettre en place des dispositifs d'aide à l'emploi et d'encourager à la formation. Mais tout cela est très politiquement correct et moins difficile à annoncer..

Nous proposons d'inciter plus fortement à la prolongation d'activité. Aujourd'hui, la surcote est peu attractive car elle semble trop lointaine pour des personnes qui ne savent pas de quoi demain sera fait.
Au lieu d'une surcote, une mesure intéressante serait de donner un capital de la retraite en argent immédiat, ce qui aurait pour mérite d'être directement utilisable. De nombreux seniors, arrivés à la fin de leur carrière caressent l'idée de plus ou moins changer de vie. Un "capital retraite" pourrait leur donner cette possibilité.
D'autre part, l'élargissement du cumul emploi retraite devrait s'accompagner du maintien d'une obligation de cotiser, sans pour autant accorder de droits supplémentaires à pension, afin d'éviter trop d’inégalités.

Par ailleurs, nous penchons vers une suppression sans appel du dispositif Delalande plutôt que de passer, comme il est prévu, par une disparition progressive.

Rédigé le 18/10/2006 à 11:21 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Catherine ROUSSEAU, RH-Générations

Membre fondateur
www.rhgenerations.com

Le plan emploi seniors du gouvernement Villepin arrive au moment où de nombreuses questions se posent sur la gestion des âges et des compétences au sein d’entreprises qui doivent faire face au vieillissement de leurs effectifs et donc gérer des salariés âgés et des salariés en seconde partie de carrière.
Ce n’était pas réellement le cas jusqu’à aujourd’hui, puisqu’on avait pris l’habitude de faire sortir les collaborateurs de plus de 50 ans des effectifs.

Désormais, on va demander aux Seniors de rester, eux qui étaient, pour la plupart, prêts à partir.
On parle depuis des années de l’obsolescence professionnelle des Seniors, de leur rigidité face au changement, de leur incapacité à continuer à se former. Aujourd’hui, on va les vouloir motivés et performants.
Ce plan Emploi seniors à donc toute sa raison d’être car il doit accompagner un monde en mutation.

Un gros travail est à faire sur les représentations car les préjugés et les stéréotypes ne sont pas les meilleurs outils de gestion des carrières et ce sont pourtant ceux qui ont prévalu pendant des années. L’allongement de la vie elle-même et de la vie au travail nous amène à reconsidérer cette population en entreprise. Il va falloir renouer avec la motivation, lutter contre les phénomènes d’usure professionnelle, redonner du sens au travail de ses collaborateurs. Il s’agit de contrer les réticences à garder les Seniors dans l’entreprise ou à les y intégrer, mais également d’aider les plus âgés dans l’entreprise à avoir un autre regard sur eux mêmes.

Ce plan aura un intérêt s’il enclenche un vrai processus de gestion des hommes et des carrières. En effet, très vite, les quadras d’aujourd’hui seront les seniors de demain et l’idée d’entrer par « la porte seniors » est une nécessité pour à la fois trouver des réponses aujourd’hui et mieux gérer demain.
Travailler mieux et plus longtemps, quels enjeux pour l’entreprise et pour ses salariés ? Comment lutter efficacement contre les phénomènes d’usure professionnelle, les inaptitudes des salariés vieillissants, la baisse de la performance pour l’entreprise, la prise en compte des nouveaux rythmes de travail du collaborateur, l’altération de la motivation, le manque de formation, etc.

C’est ce travail de fond qui doit être engagé sous l’impulsion du Politique et dans un cadre juridique. Il doit être engagé avec l’ensemble des acteurs de l’entreprise pour mieux connaître les attentes, les envies et les souhaits des salariés, aussi dans un souci d’efficacité pour l’entreprise.
Plus on prendra en compte cette nouvelle donne que représente l’allongement des carrières et plus on sera efficace tout en respectant les individus.

Un autre point intéressant concerne le cumul Emploi / Retraite. Laisser la possibilité aux seniors de cumuler emploi et retraite est également une bonne mesure et il était temps de la prévoir !
Elle est en effet importante pour plusieurs raisons à court et à long terme. A court terme d’abord, elle va aider ceux qui le souhaitent à rester actifs. Le complément financier généré permettra de maintenir un pouvoir d’achat très amputé à compter du jour où l’on prend sa retraite.
De plus, tous les chercheurs, gériatres, gérontologues et sociologues s’accordent à le dire : On vieillit mieux en étant actif, ce qui a pour conséquence directe de faire baisser les dépenses de santé. Lorsqu’on prend conscience du nombre de personnes impactées, cela n’est pas négligeable.
Toujours à court terme. Cela répond à un besoin de plus en plus exprimé par les personnes concernées. Elles veulent continuer à être actrices à part entière sur le plan social et économique et souhaitent moins peser financièrement sur les jeunes générations qui ont elles-mêmes des difficultés à s’insérer dans le monde du travail.
Enfin à plus long terme, préparer sa retraite en y projetant une partie « activité rémunérée » permet d’envisager en douceur ce moment de rupture et donne un projet de vie post retraite plus construit avec tout ce que cela implique de maintien du lien social. Cela pourra bien entendu s’envisager, parmi d’autres pistes, autour du tutorat.

Rédigé le 17/10/2006 à 16:49 dans Emploi Seniors | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)

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